Le Parnasse

Le Parnasse (1850-1860)

Définition : Le nom Parnasse est, à l'origine, celui d'un massif montagneux de Grèce. Ce massif, dans la mythologie grecque, était considéré comme la montagne des muses, inspiratrices des poètes. Le nom fut adopté en 1866 quand l’éditeur Alphonse Lemerre publie le recueil poétique « Le Parnasse contemporain ».Le dernier recueil fut édité en 1876.

Apparu dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Parnasse est un mouvement poétique français ou le but était de valoriser l’art poétique par la retenue, l’impersonnalité et le rejet de l’engagement social et politique de l’artiste. A la vue des Parnassiens, l’art n’a pas d’autre but que d’être beau, c’est la théorie de « L’art pour l’art » énoncée par Théophile Gautier, chef de file du mouvement.

Autres principaux poètes : Banville, Gautier, Leconte de Lisle, Heredia, Coppée, Sully Prudhomme, Catulle Mendès etc.

Le Parnasse se définit comme une opposition contre le Romantisme.

Voici le poème que j'ai choisi :

 

Déjà plus d'une feuille sèche
Parsème les gazons jaunis ;
Soir et matin, la brise est fraîche,
Hélas ! les beaux jours sont finis !

On voit s'ouvrir les fleurs que garde
Le jardin, pour dernier trésor :
Le dahlia met sa cocarde
Et le souci sa toque d'or.

La pluie au bassin fait des bulles ;
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules :
Voici l'hiver, voici le froid !

Elles s'assemblent par centaines,
Se concertant pour le départ.
L'une dit : " Oh ! que dans Athènes
Il fait bon sur le vieux rempart !

" Tous les ans j'y vais et je niche
Aux métopes du Parthénon.
Mon nid bouche dans la corniche
Le trou d'un boulet de canon. "

L autre : " J'ai ma petite chambre
A Smyrne, au plafond d'un café.
Les Hadjis comptent leurs grains d'ambre
Sur le seuil d'un rayon chauffé.

" J'entre et je sors, accoutumée
Aux blondes vapeurs des chibouchs,
Et parmi les flots de fumée,
Je rase turbans et tarbouchs. "

Celle-ci : " J'habite un triglyphe
Au fronton d'un temple, à Balbeck.
Je m'y suspends avec ma grille
Sur mes petits au large bec. "

Celle-là : " Voici mon adresse :
Rhodes, palais des chevaliers ;
Chaque hiver, ma tente s'y dresse
Au chapiteau des noirs piliers. "

La cinquième : " Je ferai halte,
Car l'âge m'alourdit un peu,
Aux blanches terrasses de Malte,
Entre l'eau bleue et le ciel bleu. "

La sixième : " Qu'on est à l'aise
Au Caire, en haut des minarets !
J'empâte un ornement de glaise,
Et mes quartiers d'hiver sont prêts. "

" A la seconde cataracte,
Fait la dernière, j'ai mon nid ;
J'en ai noté la place exacte,
Dans le pschent d'un roi de granit. "

Toutes : " Demain combien de lieues
Auront filé sous notre essaim,
Plaines brunes, pics blancs, mers bleues
Brodant d'écume leur bassin ! "

Avec cris et battements d'ailes,
Sur la moulure aux bords étroits,
Ainsi jasent les hirondelles,
Voyant venir la rouille aux bois.

Je comprends tout ce qu'elles disent,
Car le poète est un oiseau ;
Mais, captif ses élans se brisent
Contre un invisible réseau !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !
Comme dans le chant de Ruckert,
Pour voler, là-bas avec elles
Au soleil d'or, au printemps vert !

Théophile Gautier (1811-1872), Emaux et Camées (1852).

Source : Le livre d’or de la poésie française de Jean Orizet.

 

hebergeur d'image

Photo : J’ai pensé à une scène de commérage avec le nombre d’hirondelles ( celle-ci, celle-là … ), et je me suis pensé que cette conversation, sortant de la gorge de ces oiseaux, devait ressembler à une chanson.

De plus, sur la photo, on a réellement l'impression que les oiseaux sont les notes de musiques et les fils représenteraient la portée...

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